La ballade des équinodermes

Manset Gérard

C'est la fin de ce monde-ciEt de sa chair en dent de 
scie,Tout est profondément perdu.Sait-on ce que l'on a 
connu ?Des singes ou des équinodermesDe cette faim sous 
notre dermeDe cet épilogue frileux,Plus misérable que 
galeux.Que sait-on de ce monde-ci ?De quoi peut-il 
être transi,Sinon de notre oppositionA ce qui 
naît et nous contraint ?Voici que continue le trainOù
 notre place était acquiseEt c'est ainsi que va 
l'effroiEntre les banquettes exquisesEt les reliefs d'un 
buffet froidSur une table qui s'enlise.Que va-t-il 
arriverSi notre faim va à l'encontreDe ce qui demeure et 
qui contreEt du bijou et de l'écrinMagnifique enfant de 
là-basQui fut simulacre et combat ?Que peux-tu provoquer de
 plusQue le chaos, que le trépas,La mortitude et le méplat 
?C'est la fin de ce monde-ciEt de sa chair en dent de 
scieTout est profondément perdu.Sait-on ce que l'on a connu
 ?Des singes ou des équinodermes,De cet enfant sous notre 
derme,A qui l'on a touché la jouePlus misérable que 
frileux,Plus molécule que galeux ?Nous sommes des 
équinodermesA la muqueuse qui se fermeSur un fond de monde 
perduEt nous nous battrons à mains nues.Nous sommes des 
équinodermesDont la carapace renfermeUn vin, venin 
douloureuxEt nous nous battrons d'autant mieux.C'est la fin
 de ce monde-ci.On s'en ira en ItalieOù doit bien 
être notre lit,Quelque part sous un pin marin,Quelque
 part sous le romarin.Le marbre est confident du mondeEt ce
 jour-là, sur notre tombe,Un oiseau des plus 
audacieuxMangera la chair de nos yeux,Mangera la chair de 
nos yeux.
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