La mort d'Orion

Manset Gérard

Où l'horizon prend fin,Où l'œil de l'homme jamais 
n'apaisera sa fin,Au seuil enfin de l'univers,Sur cet autre
 revers,Trouant le ciel de nuitD'encre et d'ennuiProfond,Se
 font et se défont les astres.Par delà les grands universOù
 les colonies de la terreProlifèrentEt dans la grande 
nébuleuse noireDont, voici dix mille ans, fut 
l'histoire.Depuis qu'ils cheminaient par dix et cent de 
millesPour délaisser la terre et ses anciennes 
villes,Depuis qu'ils voulaient voirCe peuple fou, ailé, la 
nébuleuse noire,Depuis donc et déjà tant de siècles 
passésQu'ils avaient délaisséLa terre,Ce peuple 
solitaireS'éprit de ses vestigesEt voulu en revoir la 
tige.Or, pendant que coulaientTous ces millions d'annéesSur
 la planète mère,Les survivants damnésRedoraient le 
parvisDe leur vie,Cependant que croulait interminablementUn
 bruit de poussière et de ventEt que s'affaissait le 
bétonQue coulait le peuple d'Orion.On a vu bien d'autres 
étoiles depuis,Allumées comme au fond d'un puits.Sur Orion 
que la mort attend,Un prêtre fait asseoir les hommes 
à genouxEt le peuple incomprisPrie.Orion ne reverra plus 
jamais le paysEt la lune, sa sœur, aura bien loin d'iciDes 
ailes.Les cieux comme un taudis,Privés de leur 
dentellesBaissent les yeuxAu milieu des cerisiers 
blancs,Sur son cheval,Le prêtre a des ciseaux 
d'argent.Il a les mains couvertes de papier doréEt le 
devant de son visage est décollé.Les grands arbres se 
dressent, les yeux mouillésEt leurs cheveux comme des 
tressesQui cachent le soleil,Les fleurs sont comme des 
oreilles, décollées.Nous,Même si nos membranes 
fragilesNous rendent un peu moins agilesEnsemble,S'il faut 
venger nos morts,S'il faut souffrir encore,Nous 
incinèrerons leurs corpsSi on veut de nous encore, 
encore,Si on veut de nous encore, encore.Et l'autel est 
dresséSur ses deux mains, sur ses bras blessés,Regardant 
vers le nord,Les mains tendues comme une plante 
carnivore.Et du plus loin que l'on entende les riresDéjà 
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morts au sortir de leur bouche de cire,Il faut les laisser 
faire.Ce ne sont que des mammifèresDans ce monde de proseOù
 rien ne tient quand on le pose.Nous,Même si nos yeux
 sont trop clairs,Nous retournerons sur la 
terreEnsemble.Nous franchirons les mersDe notre 
planisphère,Reprendrons nos mines de ferSi on nous laisse 
faire,Si on nous laisse faire.Nous,Même si nos 
membranes fragilesNous rendent un peu moins 
agilesEnsemble,S'il faut venger nos morts,S'il faut 
souffrir encore,Nous incinèrerons leurs corpsSi on veut de 
nous encore,Si on veut de nous encore.Orion,Sentant sa fin 
venir,Dressa ses habitants contre leurs souvenirs,Contre 
leurs souvenirs.Depuis longtemps,Depuis longtempsRiche de 
tout,Ce peuple parasiteAuquel nous rendions visiteSouvent 
fit notre faillite.D'où il les avait mis sur le sol 
d'Orion,Il pointa ses canons la tête la premièreVers 
l'horizon puis vers la terre.Par delà les plus hauts 
monts,Au milieu des goémons,Vit Salomon,Pareil aux preux 
chevaliers teutoniques,Comme les lépreux sataniques,Et dont
 la descendance princière et millénaire,Pour toujours, un 
jour quitta la terre.C'est au creux d'une laguneDont il 
cheminait les dunesQu'un soir de lune,Descendant du ciel en
 spirales,Tombèrent les anges des étoiles.Tenant à peine 
debout,Ensevelis par la boue,Le sable mou,Leur semblant 
comme autant de serpents,Ils détruisirent tout en un 
instant.Depuis longtemps,Depuis longtempsRiche de toutComme
 un coquillageDont la coquille est sans âge,Salomon 
ignorait d'autres rivages.Par delà les plus hauts monts,Au 
milieu des goémons,Vivait Salomon,Pareil aux preux 
chevaliers teutoniquesComme les lépreux sataniques,Et dont 
le descendance princière et millénairePour couvrir son 
corps creusa la terre.Les fossoyeuses marinesTrouveront 
dans sa poitrineTant de verminesQui malgré les 
prêtres d'Orion,Se nourrissant de lui, 
revivront.Depuis longtemps,Depuis longtempsJaloux de 
tout,Debout dans leurs caravelles,Ce peuple aux formes 
nouvellesFit tomber nos citadellesD'un coup d'aile.Orion ne
 reverra plus jamais le paysEt la lune, sa sœur, aura, bien
 loin d'ici,Des ailes.Orion n'aura jamais s'il faut, 
pleuré, grandi,Quoiqu'aura bien vécu du moins à ce qu'on 
ditSans elle.Les cieux comme un taudisPrivés de leurs 
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dentellesBaissent les yeux.Nous,Par le droit que nous donne
 notre âgeRéduisons nos fils à 
l'esclavage,Ensemble.Si demain chacun d'eux nous 
ressemble,Il faudra faire en sorteQu'aucun d'eux ne 
ressorteDu monde dont nous fermons les portes.Que la 
légende d'OrionSoit morte.
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